Le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) est un outil central dans la politique de l’eau en France. Créé par la Loi sur l’eau de 1992, il vise à atteindre le bon état des eaux sur de grands territoires appelés bassins hydrographiques. Le SDAGE s’applique à l’échelle du bassin Seine-Normandie. À l’échelle locale, il se décline sous la forme de SAGE, comme celui de l’Yerres, porté par le SyAGE.
Dans le cadre de l’élaboration du prochain SDAGE pour la période 2028-2033, le SyAGE a tenu à faire entendre sa voix. « Le Syndicat partage la majorité des constats présentés dans l’état des lieux 2025 mais a souhaité apporter un éclairage spécifique sur les enjeux propres à son territoire. Le SyAGE agit au quotidien pour la protection de la ressource en eau. De nombreuses actions déjà mises en œuvre s’inscrivent dans les orientations proposées dans le futur SDAGE 2028-2033 » souligne le président Romain Colas.
Le SyAGE a ainsi formulé ses recommandations pour le futur SDAGE, à travers une délibération de son bureau syndical, autour de quatre enjeux clés pour une gestion durable de l’eau.
Enjeux 1 : Réduire les pollutions et préserver la santé
Le SyAGE est déjà très actif sur ce sujet à travers la modernisation de ses réseaux (en supprimant notamment les dispositifs de dérivation d’urgence appelés by-pass et en assurant la conformité des installations), des campagnes de sensibilisation comme « Ici c’est la rivière » pour lutter contre les dépôts sauvages, ou encore le développement de solutions alternatives pour gérer les eaux de pluie. Cependant, plusieurs obstacles persistent. Il reste difficile de localiser précisément les sources de pollution en milieu urbain dense. De plus, les données cadastrales sont souvent obsolètes, rendant les interventions plus complexes. Enfin, les techniques alternatives sont parfois perçues comme trop coûteuses, ce qui freine leur adoption.
Enjeux 2 : Faire vivre les rivières, les milieux humides et la biodiversité
Sur le territoire du SyAGE, 80 % des obstacles à l’écoulement de l’eau se situent sur des propriétés privées, ce qui complique leur traitement. Le SyAGE souligne l’importance de mettre en place des outils incitatifs pour encourager les propriétaires à participer à la restauration écologique. L’agriculture intensive a également un impact fort, avec la disparition de 60 % des zones humides en 50 ans. Face à cela, le SyAGE propose plusieurs pistes : des mécanismes fiscaux incitatifs, le renforcement des contrats agro-environnementaux et la mise en œuvre d’un programme ambitieux de restauration des têtes de bassin, ces zones clés qui jouent un rôle essentiel dans la qualité de l’eau en aval.
Enjeu 3 : S’adapter au changement climatique en cours et gérer les inondations et les sécheresses
Le SyAGE adopte une double stratégie. D’un côté, il lutte contre les crues en développant des Zones d’Expansion de Crue (ZEC), de l’autre, il prend en compte le ruissellement urbain, en mettant en place un schéma directeur qui cartographie les sols à l’échelle du bassin versant et en imposant le principe de « zéro rejet » pour les nouveaux aménagements. Le syndicat attire également l’attention sur la nécessité d’harmoniser les normes de gestion et sur la vulnérabilité des réseaux électriques (70 % des dysfonctionnement).
Enjeu 5 : Renforcer la gouvernance et de la solidarité des bassins
Le SyAGE préconise « une organisation cohérente et efficiente de la gestion de l’eau sur un territoire naturel plutôt qu’administratif, le bassin versant de l’Yerres » souligne Valérie Olivier, Directrice générale adjointe en charge des services techniques du SyAGE. C’est d’ailleurs dans cette logique qu’il a été désigné EPAGE (Établissement Public d’Aménagement et de Gestion des Eaux) de l’Yerres en 2021.
Par ailleurs, le bassin versant est un territoire très agricole dans lequel la cohabitation entre agriculture et zones humides représente un véritable défi. Dans ce contexte, Il apparaît essentiel de renforcer la coopération entre les structures gemapiennes et la Chambre d’Agriculture afin d’assurer une cohérence optimale entre les différentes politiques publiques et les enjeux locaux.
Compte tenu des enjeux environnementaux et financiers liés au renouvellement des collecteurs, le SyAGE s’interroge sur l’échelle pertinente pour la gestion des compétences assainissement et eaux pluviales. En effet, compte tenu des investissements à engager, la mutualisation semble être une solution plus pérenne et plus réaliste qu’une gestion de ces compétences à l’échelle communale, alors même que le modèle de financement est basé sur l’assiette de consommation.
Par ailleurs, Le SDAGE 2022-2027 comprend plusieurs dispositions relatives à la prise en charge de la thématique du ruissellement. Pour autant, le portage de cette compétence reste relativement flou, celle-ci n’étant pas obligatoire, et partagée entre plusieurs compétences (Eaux Pluviales, GEMAPI, Aménagement, voirie, urbanisme…). Dès lors, il semble pertinent de clarifier la gouvernance de cette thématique pourtant essentielle afin de faciliter la mise en œuvre d’actions de prévention et de lutte contre le ruissellement.
