Le cycle de l’eau, colonne vertébrale du climat
Depuis trente ans, les politiques climatiques mondiales se concentrent presque exclusivement sur le dioxyde de carbone. Cette stratégie essentielle laisse pourtant dans l’ombre un acteur central du dérèglement climatique : l’eau. Lors d’une récente interview pour l’École nationale supérieure des mines de Paris (Mine Paris PSL), l’hydrologue Emma Haziza, a rappelé avec force que « le cycle du carbone ne fonctionne que parce qu’il existe un cycle de l’eau ».
Les études scientifiques sont catégoriques : le dérèglement que nous vivons — alternance violente entre inondations et sécheresses, hausse des températures, effondrement des écosystèmes est avant tout le résultat d’une dégradation du cycle de l’eau. Cette dégradation est due aux activités humaines : on pompe massivement l’eau pour nos besoins et on la rejette où ça nous arrange, on détourne les cours d’eau, on endigue les rivières, on bétonne les zones humides, on déforeste, on pollue…
Quand les sols s’assèchent, le carbone s’en va
La dégradation du cycle de l’eau a abimé les sols. Les zones qui se dessèchent perdent beaucoup plus qu’un peu d’humidité : elles cessent d’absorber le carbone et peuvent en émettre. Sans eau dans le sol, les végétaux dépérissent, les micro-organismes disparaissent, et avec eux les « puits de carbone » naturels.
Autrement dit, la lutte contre le réchauffement climatique ne peut pas être gagnée sans la restauration du cycle de l’eau.
L’eau est également indispensable aux autres grands cycles biogéochimiques (carbone, azote, phosphore) qui assurent le fonctionnement même des écosystèmes.
L’eau verte, cette ressource invisible qui s’effondre
Emma Haziza souligne également l’impact négatif sur « l’eau verte », l’eau stockée dans les plantes et les sols, capitale pour nos cultures, nos forêts et notre sécurité alimentaire.
Entre extraction massive dans les nappes souterraines, agriculture intensive, artificialisation des sols et imperméabilisation, le grand cycle de l’eau est fortement perturbé.
Ralentir et restaurer le cycle de l’eau : une urgence planétaire
La priorité, selon l’hydrologue, est aujourd’hui de ralentir le cycle de l’eau. Non pas empêcher sa circulation, mais lui redonner sa verticalité naturelle : permettre à l’eau de s’infiltrer dans les sols, de stopper l’artificialisation, de restaurer les zones humides, de redonner de l’espace aux rivières. C’est cette infiltration qui recharge les nappes, nourrit la biodiversité, régule les températures et maintient la qualité de l’eau.
L’eau, matrice de notre économie
Il faut enfin rappeler une évidence trop souvent oubliée : sans eau, aucune économie ne fonctionne. Rien ne peut être fabriqué sans eau. Elle est au cœur du développement économique et de la production.
Le message de l’hydrologue résonne comme un électrochoc : l’eau doit être au centre des politiques. L’eau fait le climat. Restaurer le grand cycle de l’eau n’est pas un choix : c’est une nécessité pour l’équilibre des écosystèmes et pour la vie.
À son échelle, le SyAGE agit sur les deux cycles pour protéger l’environnement et gérer l’eau de manière durable :
- en favorisant l’infiltration de l’eau de pluie et la désemperméabilisation des sols,
- en oeuvrant pour la restauration de la continuité écologique,
- en créant et en rénovant les réseaux des eaux usées et des eaux pluviales pour les acheminer vers la station d’épuration de Valenton
