Le 8 avril, Mathilde Grau d’AQUI’Brie, Julien Tournebize, hydrologue à l’INRAE et le Syndicat Mixte des 4 Vallées de la Brie ont organisé une visite de la Zone Tampon Humide Artificielle (ZTHA) de Rampillon, en présence du SyAGE.
Ce projet innovant né en 2005 et construit en 2010, autrefois parcelle agricole peu productive, est aujourd’hui un modèle de dépollution naturelle et de restauration de la biodiversité.
Une visite particulièrement intéressante pour Fabien Roudil, l’animateur du Contrat de territoire du SyAGE, Thibault Nowak, l’animateur des zones humides et Jumaanah Khodabocus, la responsable du service GeMA Affluents, intéressés par la possibilité de reproduire ce système sur le bassin versant de l’Yerres.
D’une terre agricole à un écosystème diversifié
Dans les années 1990, cette parcelle était asséchée pour l’agriculture, mais son faible rendement a poussé les acteurs locaux à repenser son usage. Dès 2010, elle a été transformée en une zone humide artificielle, un véritable laboratoire à ciel ouvert. L’objectif ? Filtrer naturellement les polluants avant qu’ils n’atteignent la nappe phréatique, via des gouffres, notamment celle qui alimente en eau potable la région de Nangis.
Un dispositif innovant pour filtrer les polluants
La ZTHA de Rampillon agit comme un filtre naturel entre les parcelles agricoles et la nappe phréatique du Champigny, qui alimente en eau potable 1,5 million de Franciliens. L’eau chargée en nitrates et pesticides y séjourne en moyenne 3,5 jours (et jusqu’à 3 semaines, idéalement plus de 7 jours) , permettant aux bactéries, aux plantes et au soleil de dégrader naturellement les polluants. « L’efficacité du système varie selon les saisons et les années, mais nous observons une réduction moyenne de 37 % des pollutions, avec des pics allant jusqu’à 55 % pour certains pesticides », explique Julien Tournebize, hydrologue à l’INRAE et responsable du suivi scientifique.
Des résultats concrets et une mobilisation collective
Grâce à un suivi rigoureux depuis 2012, les chercheurs ont pu mesurer une diminution de 25 % (80 à 61 mg/l à l’entrée en 2021) de la concentration moyenne en nitrates à l’entrée de la ZTHA sur 10 ans, preuve de l’engagement des agriculteurs locaux. « Les agriculteurs ont adapté leurs pratiques, mieux utilisé les fertilisants et investi dans du matériel de désherbage mécanique », souligne l’hydrologue. Trois agriculteurs du bassin versant (355 hectares) ont participé activement au projet, gérant deux petites ZTHA en amont de la principale.
Un modèle reproductible et salué
La ZTHA de Rampillon a reçu le Prix national du Génie Écologique en 2014, récompensant une décennie de recherche et de collaboration. Aujourd’hui, le site attire des visiteurs de toute la France et d’ailleurs (Finlande, ONG américaine, …), curieux de découvrir ce modèle avant de l’adapter à leur territoire. « L’enjeu est désormais de changer d’échelle et de valoriser ces dispositifs à l’échelle de bassins versants plus vastes, comme celui de Nangis », précise Julien Tournebize.
Chiffres clés
- Réduction des polluants : jusqu’à 55 % pour certains pesticides, 12 % à 15% pour les nitrates épurés (1,5 tonne de nitrates éliminée chaque année),
- 2/3 de l’infiltration se fait à travers les zones infiltrantes des rivières et les gouffres sur l’ensemble du territoire d’AQUI’Brie,
- 1/3 de l’infiltration se fait indirectement par drainance de la nappe du Brie
- Sur 2kgde matière active par an par ha, 1.5g/ha se retrouve dans l’eau, ce qui fait 0.1% de transfert dans l’eau par an
- Stockage de la matière organique dans le sédiment de 1,8% à 4-5% (stockage carbone)
- La ZTHA intercepte environ 40% des écoulements de drainage actuel soit 320 000 m3/an
Avec un coût global maîtrisé (1 million d’euros cumulés sur 16 ans) et un entretien léger régulier (fauche), la ZTHA de Rampillon est un modèle de gestion durable, source d’inspiration pour d’autres territoires. Bien qu’elle ne soit pas une solution miracle, elle constitue un outil complémentaire essentiel pour améliorer la qualité de l’eau et réduire les pollutions, d’où l’intérêt marqué du SyAGE pour son potentiel de reproduction sur d’autres bassins versants.






