La continuité écologique désigne, selon la directive cadre sur l’eau en 2000, la libre circulation des organismes vivants et leur accès aux zones indispensables à leur cycle de vie, le bon déroulement du transport naturel des sédiments, ainsi que le bon fonctionnement des réservoirs biologiques. Elle est essentielle pour maintenir la biodiversité et la qualité des écosystèmes aquatiques.
Les cours d’eau étant normalement équilibrés, toute rupture dans ce processus de continuité écologique affecte leur structure et leur cycle de vie.
A quoi servent les cours d’eau ?
Les cours d’eau (rus, rivières, fleuves, etc.) assurent le transport naturel de sédiments et permettent la circulation des organismes vivants, reliant les parties amont et aval des bassins versants. Ce double processus – transit sédimentaire et déplacement des espèces – forme la continuité écologique. Elle est essentielle pour préserver la morphologie des rivières et la biodiversité, notamment pour les poissons migrateurs comme le saumon. Tous les milieux aquatiques, pas seulement les rivières, y participent.
Depuis l’Antiquité, les humains ont aménagé les rivières pour leurs activités (produire de l’énergie, faciliter la navigation, capter l’eau ou développer la pisciculture) en y construisant des barrages, retenues, écluses, seuils, digues, etc.
En France de très nombreux ouvrages (principalement des moulins) ont été ainsi aménagés dans et le long des cours d’eau.
Au XIXe siècle, l’essor d’autres formes d’énergie (machines à vapeur, turbines hydroélectriques) a entraîné le déclin de ces moulins. Cependant, les aménagements récents pour stabiliser les cours d’eau ou protéger des infrastructures ont entraîné la multiplication des ouvrages.
Ces dernières décennies, de nombreux travaux hydrauliques (rectifications, recalibrages, busages, etc) ont été réalisés pour, entre autres, accroitre les rendements agricoles, aménager des infrastructures (routes, urbanisation,…) ou lutter contre les crues.
Aujourd’hui, on recense plus de 60 000 ouvrages en France, dont une majorité sans usage clairement identifié (source : OFB).
Des obstacles à l’écoulement des eaux
Ces aménagements pour les activités humaines ont des conséquences sur les cours d’eau : la libre circulation des organismes et des sédiments ne se fait plus. Bien que leur taille et leur hauteur soient variable, pouvant aller de quelques centimètres à plusieurs dizaines de mètres, ils restent un obstacle pour l’écoulement de l’eau et de franchissement pour de nombreuses espèces, empêchant par exemple les poissons de remonter le cours d’eau.
Un seuil est un aménagement, fixe ou mobile, destiné à obstruer partiellement ou totalement le lit mineur d’un cours d’eau. Il ne dépasse généralement pas 5 mètres de hauteur.
Un barrage, quant à lui, est une structure qui retient l’eau en traversant non seulement le lit mineur, mais aussi parfois l’ensemble du lit d’un cours d’eau, qu’il soit permanent, intermittent, ou situé dans un talweg (la ligne reliant les points les plus bas d’une vallée). Sa hauteur est presque toujours supérieure à 5 mètres.
Quels sont les impacts de la rupture de la continuité écologique ?
La rivière transporte naturellement des matériaux solides (sables, graviers…) issus de l’érosion du bassin versant. Lorsqu’un obstacle interrompt ce flux, les sédiments s’accumulent en amont et manquent en aval, provoquant un déséquilibre. Cela peut entraîner l’érosion du lit de la rivière, la perte d’habitats aquatiques, voire la mise en danger d’ouvrages comme des ponts en raison de l’enfoncement du lit.
Voici les principales conséquences des obstacles sur les cours d’eau :
- L’écoulement devient plus lent et homogène
- L’érosion des berges peut s’accélérer
- La température de l’eau peut changer, souvent en s’élevant
- La prolifération d’algues augmente, favorisée par l’accumulation de nutriments (phosphore, azote) et un renouvellement limité de l’eau
- La teneur en oxygène dissous diminue
- L’évaporation estivale réduit les débits d’étiage (le plus bas niveau des eaux)
- Le débit en aval est réduit ou devient instable
- La capacité naturelle d’auto-épuration du cours d’eau s’affaiblit
- Le niveau d’eau monte en amont, élargissant parfois le lit et inondant les berges
Et sur la biodiversité :
- La faune et la flore voient leur cycle de vie grandement perturbé : moins de nourriture, moins d’abris pour se reposer et se reproduire
- Des populations qui ne se mélangent pas, entraînant un appauvrissement du patrimoine génétique des espèces
- Un taux de mortalité plus grand dû au réchauffement de l’eau et à sa pollution
Comment protéger la continuité écologique ?
En France, la réglementation sur la libre circulation des poissons dans les rivières existe dès 1865, avec des lois évoluant jusqu’aux années 2000. La directive cadre sur l’eau de 2000 a renforcé cette exigence au niveau européen, intégrée en droit français par la loi LEMA (loi sur l’eau et les milieux aquatiques) de 2006. L’objectif de cette loi cadre est d’assurer le ‘bon état’ chimique et écologique des cours d’eau.
De plus, deux types de classements de rivières encadrent aujourd’hui les projets hydrauliques : l’un interdit de nouveaux ouvrages, l’autre impose l’aménagement de dispositifs de franchissement pour les poissons et les sédiments.
Quelles sont les actions pour restaurer la continuité écologique ?
La restauration de la continuité écologique repose sur plusieurs méthodes selon l’usage de l’ouvrage concerné. Lorsqu’un ouvrage n’a plus de fonction utile, la solution la plus efficace est la totale destruction. On parle alors d’effacement.
Si l’ouvrage a un intérêt patrimonial, on peut procéder à un abaissement. C’est-à-dire qu’on va le modifier partiellement, par exemple en créant une brèche ou en ouvrant ses vannes, surtout lors des migrations de poissons.
Pour les ouvrages encore en service, comme les barrages hydroélectriques, des passes à poissons peuvent être installées, bien que leur efficacité soit moindre que l’effacement total.
Les interventions pour restaurer la continuité écologique doivent donc s’inscrire dans une logique globale à l’échelle du bassin versant. Les ouvrages situés en aval sont souvent à traiter en priorité, car ils bloquent l’accès à l’ensemble des zones situées en amont.
Et des bénéfices aussi pour les humains !
En plus des bénéfices pour la faune et la flore, les humains profitent aussi du bon état des cours d’eau !
Voici quelques avantages pour les humains :
- la pratique des sports d’eaux vives comme le kayak ou le canoé peut être relancée ou plus développée selon les rivières
- des espaces libérés par les cours d’eau remis dans leur lit mineur peuvent servir à d’autres activités humaines (pâturage, culture, tourisme, etc.)
- des chemins de randonnée peuvent être créés et permettre de refaire découvrir des espaces naturels au plus grand nombre
- la pêche amateur se redynamise avec le retour des poissons
La restauration de la continuité écologique des cours d’eau prend donc en compte la préservation du patrimoine culturel et archéologique, la préservation du patrimoine naturel, et le potentiel hydro-électrique lorsqu’il existe, pour favoriser la biodiversité et le respect des cours d’eau. En protégeant les cours d’eau, on protège non seulement la faune et la flore, mais aussi les populations et leur cadre de vie.