Mare et étang : deux milieux humides emblématiques à découvrir

Les zones humides regroupent une grande diversité de milieux : marais, tourbières, prairies humides, bras morts de rivières… mais aussi les berges des mares et étangs, milieux souvent méconnus ou mal différenciés. Pourtant, ces petits plans d’eau jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement des écosystèmes et dans la gestion durable de la ressource en eau.

Si mare et étang sont parfois confondus, ils correspondent à des réalités bien distinctes, tant par leur taille que par leur fonctionnement écologique.

La mare : un écosystème de proximité, essentiel à la biodiversité

La mare est un plan d’eau de petite taille et peu profond, généralement inférieur à 2 mètres de profondeur. Elle peut être d’origine naturelle (dépression du terrain, ancienne zone inondable) ou créée par l’homme, volontairement ou non. Elle évolue au fil du temps jusqu’à un comblement naturel dans certains cas.

 Enfin elle est localisée dans différents milieux en contexte rural, périurbain, voire urbain.

Ses caractéristiques principales :

  • petite surface (souvent moins de 5 000 m²),
  • eau stagnante ou très faiblement renouvelée,
  • alimentée par les eaux pluviales et parfois phréatiques,
  • forte influence des conditions climatiques,
  • végétation aquatique et de bord de mare très développée.

La mare occupe une place particulière dans le déplacement des espèces (trame verte et bleue) : elle fonctionne comme un milieu-relais, indispensable à de nombreuses espèces, notamment les amphibiens (grenouilles, tritons, salamandres), les libellules, les insectes aquatiques et certains oiseaux.

Grâce à sa faible profondeur, l’eau s’y réchauffe rapidement, ce qui favorise la reproduction de nombreuses espèces. La mare est aussi un excellent indicateur de la qualité des milieux : elle réagit rapidement aux pollutions, au drainage ou à l’assèchement.

Sur le plan hydrologique, la mare joue un rôle important :

  • stockage temporaire des eaux de pluie,
  • ralentissement des écoulements,
  • infiltration de l’eau dans les sols,
  • soutien à l’humidité des milieux environnants.

L’étang : un environnement humide plus vaste, aux usages multiples

L’étang est un plan d’eau plus étendu et plus profond qu’une mare. Il est le plus souvent artificiel, créé par l’endiguement d’un cours d’eau ou l’aménagement d’une dépression naturelle. Certains étangs existent depuis plusieurs siècles et font aujourd’hui partie intégrante du paysage.

Du fait de leur taille plus grande, il y a une moins forte densité de faune, l’eau n’est que peu brassée, entrainant la création de « couches » les unes au-dessus des autres avec des températures différentes. Certaines peuvent donc favoriser la prolifération de bactéries ou d’algues (plutôt en surface).

Ses caractéristiques principales :

  • surface plus importante (de quelques milliers de m² à plusieurs hectares),
  • profondeur plus marquée,
  • alimentation possible par un ruisseau, une source ou un fossé,
  • présence fréquente de poissons.

Dans le fonctionnement des zones humides, l’étang agit comme un réservoir d’eau, capable de stocker des volumes plus importants.
Historiquement, certains étangs ont été créés pour stocker de l’eau et limiter les crues. Cela a toutefois un impact sur le fonctionnement des cours d’eau. En effet, certains étangs, lorsqu’ils sont artificiels et connectés directement à un cours d’eau, peuvent avoir des impacts significatifs sur son fonctionnement naturel. Ils peuvent par exemple constituer des obstacles à la continuité écologique (c’est-à-dire gêner la circulation des poissons et le transport des sédiments), modifier le débit du cours d’eau, et favoriser l’eutrophisation.

Ces impacts ne doivent pas être ignorés et justifient une gestion adaptée des étangs. Lorsque cela est possible, il est préférable de prévoir des solutions pour déconnecter ces étangs du cours d’eau, afin de limiter leur impact écologique tout en conservant leurs usages.

Aujourd’hui, la philosophie actuelle de la GEMAPI (Gestion des Milieux Aquatiques et Prévention des Inondations) est différente : l’objectif n’est plus de créer des plans d’eau artificiels pour gérer l’eau, mais de restaurer le fonctionnement naturel des rivières, zones humides et continuités écologiques.

Sur le plan écologique, l’étang abrite une biodiversité spécifique, différente de celle des mares.

La présence de poissons, par exemple, limite souvent le développement de certains amphibiens qui y trouvent moins de cachettes, y accèdent moins bien ou encore risquent de s’y noyer, mais favorise d’autres espèces.

Une gestion adaptée est donc indispensable pour éviter :

  • l’eutrophisation (excès de nutriments),
  • l’envasement,
  • la prolifération d’espèces invasives.

Mare et étang : deux milieux complémentaires

MareÉtang
Petit milieuMilieu plus vaste
Peu profondePlus profonde
Forte richesse en amphibiens et insectesBiodiversité souvent liée aux poissons
Très sensible aux modificationsMilieu plus stable mais dépendant de sa gestion

Ces deux milieux ne s’opposent pas, mais ils n’ont pas les mêmes fonctions écologiques. Leur diversité permet d’accueillir un large éventail d’espèces et permet à chaque espèce de trouver l’endroit le plus approprié pour se nourrir, celui pour se reposer, celui pour se reproduire… Un seul milieu répond très rarement à l’ensemble des besoins (tout comme l’homme a besoin/cherche une maison, un supermarché, un cinéma, etc.). C’est pour cela que la diversité de milieux est primordiale, pour que chaque espèce y trouve son compte.

Et elle permet aussi de renforcer la résilience des territoires face au changement climatique.

Créer ou entretenir une mare contribue à préserver les écosystèmes et permet de maintenir ces milieux devenus rares, notamment en raison de l’abandon de nombreuses mares. C’est aussi un moyen de conserver ce type d’habitat essentiel pour les espèces qui en dépendent. Les étangs peuvent également rendre des services écologiques, mais leur rôle varie selon leur gestion et leur connexion au cours d’eau.

Des milieux humides à préserver

Les milieux humides rendent de nombreux services aux écosystèmes :

  • régulation des crues,
  • amélioration de la qualité de l’eau,
  • soutien à la biodiversité,
  • atténuation des effets des sécheresses,
  • rafraîchissement local des températures.

Pourtant, les milieux humides ont fortement régressé au cours des dernières décennies, sous l’effet de l’urbanisation, du drainage et de la modification des usages. On estime que seulement 10% des mares subsistent aujourd’hui par rapport à leur nombre au début du 20ème siècle.

Même s’ils sont de tout petits milieux et sont très sensibles (avec des risques de dégradation ou de disparition), les communes peuvent et sont encouragées à les protéger dans leurs PLU (ou PLUi pour les intercommunalités).

Préserver et restaurer les milieux humides, c’est contribuer activement à la protection de la ressource en eau et des milieux naturels.

Il est important de reconnaître la richesse et la fragilité de ces zones humides, et l’importance de les intégrer pleinement dans les politiques de gestion de l’eau et d’aménagement du territoire.