« Il y aura des étés plus chauds que celui de 2026 ! » 

Entre le 1er juin et le 23 septembre 2026, le bassin de l’Yerres n’a reçu que 60 mm de pluie, contre 244 mm en moyenne. Comment cet été particulièrement sec a-t-il affecté la nappe du Champigny, essentielle à l’alimentation en eau potable du territoire ? Les hydrobiologistes d’AQUI’Brie répondent aux questions du SyAGE et éclairent les enjeux de la préservation de la ressource en eau face au changement climatique.

Le SyAGE : Cet été, le bassin de l’Yerres n’a reçu que 60 mm de pluie entre le 1er juin et le 23 septembre, contre 244 mm en moyenne. Face à ce déficit de 75 %, comment la nappe du Champigny a-t-elle réagi ?

La nappe du Champigny se recharge en hiver et se vidange le reste de l’année. Après une recharge hivernale très faible et de courte durée, tant à l’est qu’à l’ouest, la nappe se vidange depuis la mi-mars. En raison des canicules successives et du manque de précipitations depuis le mois de juin, la vidange de la nappe s’est accélérée cet été dans sa partie est, où les prélèvements pour l’irrigation sont importants, notamment au sein du bassin versant de la Visandre.

En ce début d’automne, les niveaux de la nappe mesurés aux piézomètres suivis dans le cadre des arrêtés sécheresse restent au-dessus des seuils de vigilance, grâce aux hivers précédents particulièrement pluvieux (2023-24 et 2024-25). Il faut toutefois espérer que les pluies soient abondantes au cours des prochaines semaines et se poursuivent pendant l’hiver, afin de permettre une recharge hivernale suffisamment importante pour la nappe et ainsi éviter la mise en place de mesures de restriction à partir du printemps prochain.

 Le SyAGE : Quelles ont été les conséquences de cet été sur la production d’eau potable : les débits de forage, la qualité de l’eau, la suffisance de la ressource ?

D’après l’Agence Régionale de Santé au dernier comité ressource du 23 septembre, il n’y a pas eu d’impact sur la continuité de l’alimentation en eau potable sur notre territoire. Néanmoins il y a eu des points de vigilance de l’Agence Régionale de Santé sur les captages de la nappe alluviale de la Marne (communes alimentées hors SyAGE). Les producteurs d’eau potable ne nous ont pas fait remonter de difficultés pour l’instant. Tous ont souligné en revanche une hausse de la consommation par la précocité de la canicule, à une époque où les Franciliens n’étaient pas encore en congés. Concernant la nappe du Champigny, sa gestion s’entend sur le temps long, l’impact de la plus forte consommation se verra dans les mois à venir, par une baisse plus rapide de son niveau. Tout dépend à présent de la recharge de cet hiver.

LE SyAGE : Faut-il s’attendre à des baisses plus fréquentes et plus sévères, et apprendre à partager la ressource en eau potable sur le bassin de l’Yerres ?

Il faut s’attendre à des alternances climatiques plus fortes, et passer comme nous venons de le vivre de 18 mois extrêmement humides à 18 mois extrêmement secs. Les scénarios climatiques du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) VI envisagent pour notre territoire des périodes de recharge hivernale plus courtes, mais pas forcément plus faibles que maintenant, et en revanche des périodes estivales chaudes plus longues, possiblement d’avril à octobre, voire novembre. Il va donc falloir apprendre à gérer la ressource en tenant compte de la hausse des besoins de tous les acteurs sur ces périodes estivales (douches, irrigation agricole, arrosage des terrains de sport, tours aéroréfrigérantes des industriels).

Le SyAGE : Face au changement climatique, quelles actions prioritaires vous semblent indispensables pour rendre le territoire plus résilient ?

Mettre tous les usagers autour de la table, partager les constats calmement, sans faire l’autruche ni juger les autres usagers, évaluer l’impact des solutions mises sur la table à la fois sur la nappe, les milieux aquatiques et l’économie des usagers. Devenir plus agile et flexible face à un climat plus chaotique. C’est tout l’objet du Projet de Territoire pour la Gestion de l’Eau de la nappe du Champigny qui vient de démarrer en septembre 2026.

LE SYAGE : Si des étés comme celui de 2026 deviennent la norme, quel message adressez-vous aux habitants sur leurs usages de l’eau ?

Il y aura aussi des étés plus chauds que 2026 ! Il y a une tendance globale d’augmentation, mais avec une variabilité d’une année à l’autre caractéristique d’un climat sous influence océanique. Il va falloir vivre avec, et arbitrer nos usages. Dans le cas de la nappe du Champigny, où 90% des prélèvements sont pour l’eau potable, il y a un très fort enjeu à réduire la consommation des foyers. D’après le centre d’information sur l’eau, elle concerne à 40% les douches et bains et à 20% les sanitaires (CIE). En premier lieu, il faut donc, privilégier les douches courtes. Concernant les sanitaires, la réflexion progresse sur la séparation des urines à la source, qui permet par ailleurs de récupérer l’azote. Si possible, privilégier le lave-vaisselle à une vaisselle à la main, avec un programme économe en eau. S’il fait plus de 35°C, le jardin sera de toute façon grillé, faut-il l’arroser ? Adapter les espèces dans son jardin. En résumé, économiser. Le bon mètre cube est celui qui n’est pas dépensé (comme le kilowatt-heure).