Il y a dix ans, le bassin versant de l’Yerres connaissait l’un des épisodes d’inondation les plus marquants de son histoire récente. Du 31 mai au 9 juin, la rivière a connu une crue historique, liée à des précipitations record et gonflées par les apports de la Seine.
Près de 2 000 habitants ont dû être évacués à cause des inondations dans les quartiers Blandin et Triage à Villeneuve-Saint-Georges, mais aussi à Yerres, à Crosne, à Boussy-Saint-Antoine, ainsi qu’à l’hôpital Val d’Yerres par mesure de précaution. Des centaines de foyers ont été privés d’électricité pendant plusieurs jours. Près de 90 communes ont été reconnues en état de catastrophe naturelle sur le bassin versant de l’Yerres (Essonne, Val-de-Marne et Seine-et-Marne). Les dégâts ont été considérables.
En quelques jours seulement, l’équivalent de plusieurs semaines de pluie tombait sur l’Île-de-France. Sur certains secteurs du bassin de l’Yerres, près de 85 mm de précipitations étaient enregistrés en 48 heures, soit plus d’un mois de pluie en moyenne (entre 60 et 70 mm de pluie en juin en Île-de-France). Les sols, déjà saturés, ne parvenaient plus à absorber l’eau. Les niveaux des cours d’eau montaient alors rapidement, parfois de plusieurs centimètres par heure. À Yerres, à la confluence de l’Yerres et du Réveillon, les débordements étaient particulièrement importants, plaçant de nombreux habitants dans une situation d’urgence rarement observée jusque-là.
La crue de 2016 constitue, dix ans après, un événement de référence. Par son ampleur, elle se situe entre une crue centennale et un événement encore plus exceptionnel selon les secteurs concernés. Elle a rappelé avec force que le bassin versant de l’Yerres demeure un territoire naturellement exposé au risque d’inondation.
En dix jours, près de cinq millions de mètres cubes d’eau ont transité sur le bassin versant soumettant les infrastructures du territoire à de très fortes contraintes, notamment les réseaux d’assainissement. La situation a été aggravée par la montée exceptionnelle de la Seine, dont le niveau élevé a perturbé le fonctionnement de certains ouvrages et accentué les difficultés rencontrées sur le terrain.
Les conséquences ont également été importantes pour l’environnement. Une grande partie des volumes transitant dans les réseaux n’a pas pu être traitée, entraînant des pollutions avec des rejets massifs dans le milieu naturel. Le lac Montalbot, à Vigneux-sur-Seine, a notamment reçu plus de deux millions de mètres cubes d’eaux issues du réseau d’assainissement.
Au-delà des chiffres, cette crue a profondément marqué les habitants du territoire. Habitations inondées, routes coupées, quartiers isolés, activités perturbées : pendant plusieurs jours, le quotidien de milliers de personnes a été bouleversé. Dix ans après, le souvenir de cet événement demeure vivace et reste associé à une mobilisation collective exceptionnelle face à l’une des plus grandes crues qu’ait connu le bassin versant de l’Yerres.
Dix ans d’actions pour mieux protéger le territoire
Cette crue a constitué un véritable tournant pour les collectivités en charge de la gestion des milieux aquatiques et de la prévention des inondations. Depuis 2016, de nombreux projets ont été engagés pour mieux anticiper les crues, protéger les populations et adapter les territoires aux effets du changement climatique.
Sur l’ensemble du bassin versant, le SyAGE a renforcé son dispositif de surveillance des cours d’eau. Le réseau de mesure s’est considérablement développé avec l’installation de nouvelles stations hydrométriques, pluviométriques et piézométriques (radar permettant de mesurer le niveau des nappes phréatiques). Ces données alimentent aujourd’hui des outils de prévision et d’alerte qui améliorent l’anticipation des épisodes de crue.
Plusieurs aménagements ont également été réalisés pour ralentir et stocker temporairement les eaux lors des fortes pluies. À Ozoir-la-Ferrière, une nouvelle zone d’expansion de crue d’une capacité de 45 000 m3 a été créée en forêt d’Armainvilliers afin de protéger les quartiers situés en aval. Plus en amont du bassin versant, le SyAGE a pour projet d’aménager une grande ZEC d’une capacité de 750 000 m³ dans le bois de Rosay à Ozouer-le-Voulgis.
Le SyAGE a également réalisé des travaux sur le réseau d’eaux pluviales et installé des bassins de stockage sous l’allée verte dans le quartier Grosbois entre Villecresnes et Yerres en 2020. Une grande opération similaire a été menée au marché couvert de Montgeron, dont le parking a été désimperméabilisé, en 2026.
Redonner de la place à l’eau
La prévention des inondations ne repose pas uniquement sur des ouvrages hydrauliques. Depuis plusieurs années, les collectivités développent également des solutions fondées sur la nature pour restaurer le fonctionnement naturel des cours d’eau.
Le SyAGE a ainsi engagé plusieurs opérations de renaturation, comme la remise à ciel ouvert du ru de la Navette ou le vaste projet de requalification du quartier Blandin à Villeneuve-Saint-Georges. Ces aménagements permettent de recréer des espaces capables d’accueillir temporairement l’eau lors des crues tout en améliorant la biodiversité et le cadre de vie.
La Métropole du Grand Paris participe également à cet effort à travers son soutien financier à de nombreux projets de prévention des inondations sur les territoires métropolitains. Elle accompagne notamment la désimperméabilisation des espaces urbains, le développement d’infrastructures plus résilientes face aux pluies intenses et les opérations favorisant l’infiltration naturelle de l’eau dans les sols.
Dans les secteurs les plus exposés aux crues de la Seine et de l’Yerres, EPISEINE mène également depuis plusieurs années un important programme d’actions de prévention des inondations. L’établissement public accompagne les communes dans l’amélioration de leur préparation aux crises, la sensibilisation des habitants et le développement de projets visant à réduire la vulnérabilité des quartiers exposés. L’objectif est de mieux protéger les habitants tout en permettant à certains espaces de jouer un rôle de tampon lors des épisodes de crue.
Mieux informer et accompagner les habitants
La prévention passe également par une meilleure connaissance du risque. Depuis 2024, le dispositif ALABRI permet aux habitants exposés aux inondations de bénéficier gratuitement d’un diagnostic de leur logement. Celui-ci identifie les aménagements susceptibles de limiter les dommages en cas de crue. Les travaux recommandés peuvent être financés jusqu’à 80 % grâce aux dispositifs existants.
Parallèlement, les outils d’information du public se sont développés. Les habitants disposent aujourd’hui d’informations en temps réel sur l’évolution des niveaux d’eau et peuvent être alertés plus rapidement en cas de situation à risque.
Dix ans après la crue historique de 2016, le territoire est mieux préparé. Les progrès réalisés en matière de surveillance, d’aménagement, de restauration des milieux naturels et d’accompagnement des habitants renforcent la capacité collective à faire face aux inondations.
Pour autant, le risque zéro n’existe pas. Les épisodes météorologiques extrêmes tendent à devenir plus fréquents et plus intenses sous l’effet du changement climatique. La crue de 2016 rappelle l’importance de poursuivre les investissements engagés et de maintenir une culture du risque partagée par tous.
Car face aux inondations, la résilience d’un territoire repose autant sur les ouvrages et les aménagements que sur la mobilisation collective des acteurs publics, des communes et des habitants.







