Coup de chaud sur le ru du Réveillon !

Le ru du Réveillon connaît actuellement un débit faible, avec 0,2 m³/s mesurés le 8 juillet (0,25 m³/s moyenne interannuelle en juin). Un chiffre qui contraste fortement avec les 78 m³/s relevés au même endroit lors de la crue exceptionnelle (centennale) de juin 2016.
Mais comment expliquer une telle différence, alors même que l’hiver 2024-2025 a été très pluvieux ?

Une baisse de débit liée à un printemps sec

Après un hiver marqué par des précipitations 120 à 130 % supérieures à la moyenne, le printemps 2025 a été nettement plus sec :

  • Mai : jusqu’à 50 % de pluie en moins que la normale,
  • Juin : environ 25 % de déficit

« Ce déficit printanier a rapidement influencé les cours d’eau, en particulier ceux comme le Réveillon, dont les débits sont en partie alimentés par des nappes peu profondes, comme la nappe calcaire de Brie » explique Éric Chalaux, l’ancien Directeur des services techniques du SyAGE. « Avec peu de recharges et des températures élevées, cette nappe se vide rapidement ».

Températures en hausse, oxygène en baisse

Les températures élevées jouent également un rôle important. Elles augmentent naturellement l’évaporation de l’eau (depuis le sol ou la surface des rivières) et la transpiration des plantes (évapotranspiration).

Conséquence : l’eau s’échappe plus rapidement du bassin versant, et les débits diminuent.
Autre effet : la température de l’eau augmente. « Sur le ru du Réveillon, elle a gagné 5 °C en un mois, ce qui reste dans les ordres de grandeur naturels, mais a un impact direct sur l’oxygénation du milieu » précise Ulysse Ferrari, chef du service Suivi des Milieux et Bilans.

Une eau plus chaude retient moins d’oxygène

«Ainsi, les mesures montrent une diminution de 8,5 à 6 mg O₂/L. Le seuil de qualité moyen en oxygène est à 6 mgO2/L. Il a été atteint ponctuellement au plus haut des températures mais en moyenne, la qualité reste encore bonne. Néanmoins, un taux d’oxygène insuffisant peut avoir un impact direct sur certaines espèces aquatiques, voire provoquer une mortalité piscicole».

Et les orages dans tout ça ?

Les orages du 26 juin (il est tombé 22 mm sur certains secteurs) ont fait réagir certains cours d’eau. Le niveau du ru de la Ménagerie est monté d’un mètre. Mais cela est vite redescendu avec le retour des températures élevés. Les orages peuvent selon leur intensité, avoir plusieurs effets :

  • Bénéfiques : en apportant ponctuellement de l’eau dans les sols et les nappes.
  • À surveiller : s’ils sont intenses, les orages tomberont sur un sol sec provoquant un fort ruissellement chargé de polluants, comme une éponge dure avant de se gonfler, qui perturbera les cours d’eau et réduira leur oxygénation.

Le mois de juin s’annonce comme le deuxième mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France avec +3 à +3,5°C au-dessus des normales. Il devrait dépasser même celui de 2003 marquée par une forte canicule.

Une situation contrastée dans le bassin versant

Dans d’autres secteurs du bassin versant, la situation est plus stable :

  • À Boussy-Saint-Antoine, sur l’Yerres, le débit est de 0,8m³/s le 30 juin, contre une moyenne de 2,1 m³/s début juin. Cela reste dans une plage acceptable, notamment grâce au soutien de la nappe du Champigny bien remplie (niveau de 75% au 15 mai).
  • La Seine affiche un débit de 100 m³/s (en moyenne c’est plutôt 200 à 500 m³/s), équivalent à un niveau de fin d’été. Mais bien en dessous des 1400 m³/s enregistrés lors de la crue trentennale de 2016.

Pourquoi de faibles niveaux malgré les pluies hivernales ?

La situation actuelle s’explique par une combinaison de facteurs hydrologiques et climatiques :

  • Pluies concentrées : tombant en peu de temps, elles favorisent le ruissellement au détriment de l’infiltration.
  • Sols urbains ou saturés : peu perméables, ils laissent moins d’eau recharger les nappes.
  • Évapotranspiration importante : amplifiée par des températures plus élevées.
  • Gestion hydraulique : certains ouvrages régulent les niveaux pour prévenir les inondations.
  • Climat : le changement climatique accentue l’irrégularité des épisodes pluvieux et les périodes de forte chaleur.